Pourquoi l’accord économique UE-Chine semble ne mener nulle part ?

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L’Europe en a assez d’essayer de forcer les portes du marché chinois.

Lors d’un sommet qui s’est tenu jeudi dernier (1er octobre), alors qu’il ne restait qu’une minute avant minuit, les dirigeants de l’Union européenne ont publié une déclaration appelant à une relation économique plus équitable et plus réciproque avec la deuxième économie mondiale, suite à un brainstorming commun.

Ils ont également indiqué clairement que le moment est venu de négocier un accord d’investissement qui sera conclu dans huit ans et qui répondra à certaines des préoccupations de l’Union européenne concernant l’accès au marché chinois pour ses entreprises et la transparence des entreprises d’État chinoises, entre autres choses. Mais les experts avertissent que l’accord a de moins en moins de chances de réussir.

Les relations UE-Chine et l’ICA

Le bloc des 27 pays est le plus grand partenaire commercial de la Chine, tandis que le marché chinois est la deuxième destination des biens et services de l’UE après les États-Unis.

Pourtant, les relations économiques entre Bruxelles et Pékin ne sont pas bien réglementées. Cela s’explique en partie par le fait qu’elles se sont développées rapidement, dépassant leur capacité à légiférer en la matière. Mais c’est aussi parce que le plus ambitieux de ces efforts, l’accord global sur l’investissement (ICA), n’a pas encore produit de résultats.

En 2012, lorsque Bruxelles et Pékin ont commencé à négocier les termes de l’ICA, l’objectif, en terme de démarchage commercial, de la Chine était d’accéder pleinement au marché commun de l’UE. Pendant ce temps, l’UE estimait que ses entreprises en Chine étaient confrontées à la concurrence déloyale des entreprises d’État et à des pratiques commerciales discriminatoires, notamment suite à l’exploitation de brevets de marques et entreprises européennes qui est active depuis plusieurs décennies au sein de ce marché. Le bloc voulait moins de subventions pour les entreprises chinoises opérant en Europe et des « conditions de concurrence équitables » pour les entreprises européennes en Chine.

Près d’une décennie s’est écoulée et si certains progrès ont été réalisés, de nombreuses tensions subsistent. Aujourd’hui, les responsables européens font clairement savoir que les chances de parvenir à un accord d’ici la fin de l’année, une échéance qu’Agatha Kratz, directrice associée du cabinet de conseil en recherche Rhodium Group, a qualifiée de « futile », sont minces. La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a récemment déclaré, après un dialogue de haut niveau avec le président chinois Xi Jinping, que « la Chine doit nous convaincre qu’il vaut la peine d’avoir un accord d’investissement ». Et l’UE se prépare à mettre en place des mécanismes pour filtrer et restreindre les investissements étrangers en Europe qui fonctionneraient indépendamment de l’ICA.

Le marché chinois est-il ouvert aux entreprises européennes ?

La semaine dernière, la Chine a annoncé un objectif ambitieux : atteindre un niveau d’émissions nettes de carbone zéro d’ici 2060, une étape significative et importante dans la lutte contre les émissions mondiales de gaz à effet de serre. La réaction de l’UE a été tiède ; elle voulait que Pékin s’engage à atteindre l’objectif d’émissions nettes zéro de tous les gaz à effet de serre, et pas seulement du dioxyde de carbone, ainsi que d’autres mesures comme un moratoire sur la construction de centrales électriques au charbon. Lors du sommet européen d’hier, les responsables ont appelé la Chine à « assumer une plus grande responsabilité dans la gestion des défis mondiaux » tels que le changement climatique, mais ont qualifié l’engagement de neutralité carbone de « pas assez important dans la bonne direction ».

Il s’agit là d’un modèle commun dans les relations UE-Chine : Bruxelles insiste sur le fait que les réformes sont trop lentes et pas assez ambitieuses, tandis que Pékin affirme que l’UE ne leur accorde pas le crédit de ce qui a déjà été fait. Alicia Garcia Herrero, économiste en chef pour l’Asie Pacifique chez Natixis, décrit les négociations comme « un dialogue entre sourds ».

Un autre exemple est la question essentielle de l’accès au marché. La Chine affirme avoir pris des mesures historiques pour ouvrir son marché au démarchage commercial des investisseurs étrangers, mais les critiques disent qu’elle laisse ses propres acteurs fortement subventionnés saturer les marchés avant de le faire. Par exemple, au début de cette année, la Chine a ouvert son secteur des services financiers, notamment en levant les plafonds de participation pour les investissements étrangers. Dans son document de position 2020, la Chambre de commerce européenne en Chine a déclaré que « le fait que la réforme ait eu lieu si tard dans le jeu la rendait plus proche de laisser les investisseurs étrangers monter sur une plate-forme ferroviaire seulement après le départ du train depuis longtemps ». (Le président de la Chambre, Joerg Wuttke, a récemment déclaré qu’il ne pensait pas que l’ICA pourrait être conclue cette année).

Entre-temps, dans sa récente évaluation trimestrielle, l’Asia Society, organisation à but non lucratif basée aux États-Unis, a conclu que, dans la plupart des secteurs, la Chine reporte les réformes à long terme du type de celles que l’UE demande dans le cadre de l’ICA en faveur d’une intervention gouvernementale à court terme. « L’opportunisme économique d’aujourd’hui », prévient-elle, « rendra le coût net du redressement des fondements politiques de la Chine beaucoup plus important demain ».

Source : Qz.com

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