Les PME françaises indirectement touchées par le Brexit

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Jean-Marc Barki, directeur général du fabricant français Sealock, avait prévu que le Brexit perturberait son activité. Mais l’ampleur du problème n’est apparue que lorsqu’un de ses camions est resté bloqué au Royaume-Uni pendant sept semaines. « Nous sommes passés d’un système de pure fluidité à un système vraiment complexe », a déclaré M. Barki, dont l’entreprise dépend fortement de l’importation d’un composant synthétique fabriqué au Royaume-Uni pour produire son adhésif industriel.

Il a découvert par la suite que les documents requis pour l’importer de Grande-Bretagne vers le marché unique de l’UE ne contenaient pas certains détails cruciaux. « Ce genre de retard est impensable pour une entreprise de taille moyenne comme la nôtre », a-t-il déclaré. Si les problèmes ne se résorbent pas rapidement, a-t-il ajouté, il devra envisager de modifier la formule de son produit pour y inclure des ingrédients provenant d’Allemagne ou d’Italie plutôt que du Royaume-Uni pour l’externalisation de sa production.

Le Brexit crée une forte baisse des échanges

Plus de trois mois après l’introduction de la nouvelle relation commerciale du Royaume-Uni avec l’Union Européenne, les conséquences néfastes des barrières non tarifaires ne sont devenues que trop évidentes pour de nombreuses entreprises britanniques qui dépendent des exportations vers le marché unique de l’Union. L’impact sur les entreprises et les consommateurs de l’UE, et en particulier de la France, l’un des plus proches partenaires commerciaux du Royaume-Uni, est peut-être moins bien documenté.

Selon les dernières données douanières françaises de février, publiées jeudi dernier, la situation s’est légèrement améliorée par rapport à la forte baisse des échanges entre les deux pays observée en janvier. Au cours du premier mois qui a suivi l’entrée en vigueur du nouvel accord commercial entre le Royaume-Uni et l’UE, le 1er janvier, les importations du Royaume-Uni vers la France ont chuté à 78 % de leur moyenne mensuelle pour le second semestre 2020. Les analystes ont déclaré que cette chute était due aux perturbations à la frontière avec la Grande-Bretagne et à l’impact du Covid-19 sur le commerce mondial.

 « Sur le long terme, nous nous attendons à un impact politique incroyablement important [sur le commerce] », a déclaré Vincent Vicard, économiste au Centre de prévision et d’information internationale (CEPII). La France tire son plus gros excédent commercial du Royaume-Uni, car elle importe beaucoup moins qu’elle n’exporte. Mais certains secteurs français, comme le vin, la bijouterie et l’aéronautique, dépendent fortement de la vente de leurs produits au Royaume-Uni et ont été touchés par les baisses les plus importantes en janvier.

Les coûts de transport et les formalités administratives en hausse

Bien que l’effet de la pandémie ait pu jouer un rôle dans la baisse, les analystes ont également mis en cause des facteurs liés au Brexit, tels que l’augmentation des coûts de transit, l’accroissement des formalités administratives, les nouvelles règles fiscales, les droits de douane sur certaines marchandises et les coûts liés aux retards éventuels des contrôles douaniers.

CLAAS, un fabricant allemand de tracteurs agricoles qui produit ses véhicules au Mans, a modifié le parcours de ses produits et les envoie désormais par l’Irlande plutôt que par Calais et Douvres. « Nous nous sommes préparés au pire des scénarios. Il y a quand même des contretemps », a déclaré Trevor Tyrrell, vice-président senior de la division ventes et services de CLAAS pour l’Europe occidentale.

Et si les grandes entreprises telles que CLAAS disposent des ressources nécessaires pour mettre en œuvre une nouvelle logistique et adapter leurs modèles de coûts afin d’inclure les retards, ce n’est pas le cas de nombreuses petites entreprises qui dépendent du commerce avec le Royaume-Uni. Pour les petites entreprises qui n’ont pas l’habitude de traiter avec le commerce international, les coûts et la logistique supplémentaires peuvent sembler trop importants. Certaines envisagent déjà d’abandonner le marché britannique.

Et ce n’est pas tout. Bien que le Royaume-Uni ait repoussé d’avril à octobre (et dans certains cas à janvier) les contrôles douaniers complets sur certains produits alimentaires et agricoles en provenance de l’UE, les exportateurs français se préparent déjà à d’autres problèmes dès leur entrée en vigueur.  Par exemple, les produits alimentaires et pharmaceutiques devront se conformer au propre système de certification du Royaume-Uni, indépendant des labels de l’UE. Effectuer des tests en laboratoire indépendant sur chaque expédition pourrait alors s’avérer un coût insupportable pour les petits producteurs.

Source : FT.com

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