Les aides de l’Etat font survivre des entreprises destinées à la faillite

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Le nombre de faillites atteint son niveau le plus bas en France depuis 33 ans, alors que les aides d’État masquent la réalité. C’est ce qu’on appelle l’effet de soutien. Alors que le pays traversait son pire marasme économique depuis la Seconde Guerre mondiale, les faillites d’entreprises ont paradoxalement atteint leur niveau le plus bas depuis les années 80.

Un résultat biaisé par la politique interventionniste de l’Etat

Le nombre de faillites et d’entreprises cherchant à se mettre à l’abri de leurs créanciers ou à se redresser a chuté de 38 % en 2020, l’aide gouvernementale face à la pandémie de coronavirus ayant maintenu les entreprises françaises à flot, selon les chiffres recueillis par la société de données sur les entreprises Altares. Cela pourrait préfigurer une vague de défaillances en 2021 et 2022, a déclaré Thierry Millon, son directeur de recherche.

Comme partout en Europe, la France est intervenue avec des milliards d’euros pour soutenir les entreprises et préserver l’emploi. Les faillites d’entreprises dans le pays sont tombées à 32 184 l’année dernière, soit environ 20 000 de moins qu’un an plus tôt et le plus bas niveau depuis 1987. Sans les mesures gouvernementales telles que les prêts garantis, l’aide au chômage partiel et l’accompagnement pour les travailleurs indépendants, M. Millon estime que 80 000 entreprises auraient fait faillite ou auraient fait faillite.

« Ce chiffre est une anomalie statistique, pas une réalité économique », a déclaré M. Millon. « Il y a des entreprises faibles qui ont survécu uniquement grâce à l’aide publique, et une fois que l’aide publique commencera à être coupée, elles s’effondreront assez rapidement ».

Le Ministre des finances Bruno Le Maire a prédit un premier trimestre difficile pour l’économie française avec un rebondissement significatif possible au second semestre. La Banque de France prévoit une croissance de l’économie nationale de 5 % en 2021 et en 2022, après une contraction estimée à 9 % l’année dernière.

Avec le retour à la normale de l’économie, la réduction des aides publiques et l’échéance des remboursements de prêts, les faillites d’entreprises pourraient atteindre 55 000 en 2021 et plus de 60 000 en 2022, contre 52 002 en 2019, toujours d’après Altares. Une situation qui pourrait alors créer une importante crise de l’emploi en France avec des milliers de demandeurs d’emploi se retrouvant sur le marché.

Vers une aide plus sélective ?

Le Gouvernement « a dépensé beaucoup d’argent, mais l’argent a été distribué un peu aveuglément – l’idée était d’aider tout le monde », déplore M. Millon. « Il y a des entreprises qui s’en vont à la casse, et vous ne pouvez pas simplement survivre indéfiniment. Sur les 20 000 qui ont été épargnées, toutes ne peuvent pas subsister ».

Même si la tendance est à la baisse, les faillites et les insolvabilités ont augmenté dans certaines parties de l’économie, notamment une augmentation de 3,1 % pour les agences de voyage et un bond de 22 % pour les détaillants de produits de voyage dans le contexte d’un effondrement du tourisme. Les bouchers ont dû faire face à une augmentation de 16 % des défauts de paiement, les restaurants ayant été fermés.

Selon M. Millon, la tendance pour cette année sera claire en février et mars, après que les entreprises auront établi leurs comptes pour 2020. Il s’attend à une augmentation des défaillances dans les entreprises axées sur les services à la personne, telles que les restaurants, les coiffeurs ou encore les salons de beauté.

Au cours du second semestre, le défi des décideurs politiques sera d’aider les entreprises à renforcer leurs bilans et leurs liquidités pour répondre à une reprise de la demande. En 2022, la situation des entreprises françaises changera à nouveau, car les prêts aux entreprises contractés pour survivre à la crise économique commenceront à être remboursés.

Pour ce faire, les entreprises pourraient avoir besoin d’environ 1 000 milliards d’euros de capitaux propres, alors que les programmes existants ainsi que les financements privés ne pourront couvrir qu’entre 400 et 550 milliards d’euros, a déclaré l’Association pour les marchés financiers en Europe dans un rapport publié mardi.

« Nous n’avons pas tout à fait nationalisé l’économie, mais si vous y mettez autant d’argent, nous n’en sommes pas loin », conclut M. Millon. « Le défi pour l’économie et le gouvernement en 2021 sera de distinguer les entreprises qui sont viables et qui devraient recevoir de l’aide, et celles que vous devriez accepter de cesser d’aider. Il y a un tri à faire ».

Source : Bloomberg.com

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