La crise des sous-marins français aura des conséquences géopolitiques

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Fin de semaine dernière, la France a vécu l’annulation d’un contrat australien de 66 milliards de dollars sur la vente de sous-marins comme un mélange de rancœur et de théâtre électoral. Paris a rappelé ses ambassadeurs aux États-Unis et à Canberra, annulé des événements et appelé ses partenaires européens à investir dans la défense.

La France n’en démord pas

Sans doute le silence assourdissant des autres pays européens sur cette question ce week-end pourrait-il rassurer le trio « AUKUS » (pour Australie, Royaume-Uni, Etats-Unis) sur le fait que la colère de la France sera éphémère et symbolique.

Mais cette position risque d’être complaisante. Elle ne tient pas compte de la valeur stratégique à long terme que Paris a vu dans ce « contrat du siècle », qui fait de l’Australie, aux côtés de l’Inde, un partenaire de premier plan dans les plans de la France visant à être une force stabilisatrice dans la région indo-pacifique, où elle compte environ 7 000 militaires et plus de 1,5 million de citoyens.

Plus tôt cette année, la France a envoyé un sous-marin nucléaire en mer de Chine méridionale, décrivant cette opération comme une projection de puissance en coopération avec des partenaires, dont l’Australie.

C’est également ignorer l’humiliation dommageable infligée par l’administration Biden, heureuse de souscrire à l’anéantissement de ce contrat. La promesse d’un retour à la recherche de consensus et au multilatéralisme dans les relations transatlantiques après la présidence de Donald Trump est en train de s’étioler.

La France joue une fois de plus le rôle de réveil géopolitique de l’Union européenne, avertissant que le bloc risque de dériver vers un siècle plus dangereux, sans réel moyen de défendre ses intérêts au-delà du commerce. Ce genre de rhétorique a l’habitude de tomber dans l’oreille d’un sourd, et les États baltes en particulier se méfient des intentions de la France dans ce domaine.

Mais l’association des sous-marins à la sécurité de l’UE et à la relation transatlantique a été facilitée par les propres actions de l’administration Biden. Alors même que les États-Unis ont tendu leur main en levant lundi l’interdiction de longue date des Covid-19 pour les voyageurs européens, la commissaire européenne Ursula Von der Leyen a déclaré à CNN que le traitement de la France n’était pas acceptable.

L’escalade de la rivalité entre blocs économiques

Paris va continuer à s’appuyer sur ses partenaires européens pour ce conflit alors qu’elle assume la présidence tournante de l’UE. Les négociations commerciales avec l’Australie risquent de se heurter à un mur, le nouveau partenariat américano-européen sur le commerce et la technologie risque de souffrir, et les tensions latentes liées au Brexit avec le Royaume-Uni vont probablement continuer à s’enflammer.

D’autant plus que face à la prolifération nucléaire et la montée en puissance de la Chine, il existe désormais une « grande faille » au sein de l’OTAN, estime l’ancien ambassadeur du Royaume-Uni en France, Peter Ricketts.

Le facteur Chine sera désormais un test clé pour savoir si la France a vraiment la volonté et la capacité de rallier une masse critique de partenaires derrière elle.

L’UE s’est montrée plus ambivalente que les États-Unis à l’égard de Pékin ; une analyse du Conseil européen des relations étrangères a révélé que les stratégies indo-pacifiques de la France, de l’Allemagne et des Pays-Bas ont dépeint la Chine comme un partenaire plutôt que comme un rival, l’Allemagne en particulier se concentrant sur les opportunités économiques plutôt que sur la sécurité. De nombreux autres pays de l’Union européenne continuent sans doute à viser une neutralité béate et peu coûteuse.

Fréderic Mauro, chercheur associé à l’Institut IRIS, estime qu’il est possible de rassembler une petite avant-garde de pays sur des projets de défense.

Source : Bloomberg.com

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