Coronavirus : L’Inde impose Aarogya Setu, une application de traçage numérique à des millions de personnes

Coronavirus : L'Inde impose Aarogya Setu, une application de traçage numérique à des millions de personnes
Vous êtes chef d’entreprise ou travailleur indépendant ?
Créer un compte gratuitement

Rejoignez notre plateforme de mise en relation entre téléprospecteurs à domicile et entreprises !

Le gouvernement indien tente de répondre aux préoccupations en matière de protection de la vie privée soulevées par les experts informatique, les militants et les partis politiques de l’opposition au sujet de son application de traçage numérique.

Cette application, appelée Aarogya Setu (« Un pont vers la santé » en hindi), utilise les technologies Bluetooth et GPS pour prévenir les usagers qui ont pu être confrontés à des individus testés positifs au COVID-19 ou présentant des symptômes de la maladie.

100 millions d’utilisateurs depuis le 2 avril

Plus de 100 millions d’utilisateurs de smartphones ont téléchargé l’application depuis le 2 avril, date à laquelle le gouvernement l’a lancée pour lutter contre la propagation de ce nouveau virus.

La mise en avant de l’argumentaire de l’application, menée par le Premier ministre Narendra Modi, a connu un tel succès qu’elle a atteint 50 millions de téléchargements en deux semaines seulement, ce qui en fait l’une des applications les plus rapidement adoptées de tous les temps.

L’Inde compte environ 450 millions d’utilisateurs de smartphones parmi sa population de 1,3 milliard d’habitants. Pour être compatible avec le plus de modèles de smartphones possibles, le gouvernement a lancé une version d’Aarogya Setu pour les 100 millions de téléphones portables à bas prix qui ont également accès à Internet.

Jusqu’à présent, l’application a alerté environ 140 000 utilisateurs sur un possible risque d’infection au COVID-19, a déclaré le gouvernement indien lundi. Mais alors que le gouvernement insiste sur le fait que l’application est un outil important dans sa lutte contre ce coronavirus, cette dernière a soulevé des préoccupations sur la vie privée de ses utilisateurs.

Une collecte « excessive » de données

Des inquiétudes ont également été soulevées quant à la quantité de données que l’application recueille. Elle demande à ses utilisateurs de communiquer leur nom, leur numéro de téléphone, leur âge, leur sexe, leur profession et les détails des pays visités au cours des 30 derniers jours.

Aarogya Setu demande également aux utilisateurs de s’auto-évaluer pour tout symptôme éventuel lié au COVID-19 et de saisir ces données quotidiennement.

L’application indique aux utilisateurs combien de personnes présentent des symptômes dans un rayon donné et combien ont été testées positives. Elle envoie des alertes lorsqu’une nouvelle personne infectée se situe près de l’utilisateur, ou si une personne rencontrée précédemment est testée positive. Mais la manière dont elle analyse toutes ces données a suscité des inquiétudes et à capter l’attention de nombreux individus.

« L’application collecte les données Bluetooth et GPS de ses utilisateurs, ce qui est incompatible avec les principes de minimisation des données. Elle recueille plus d’informations personnelles et sensibles que nécessaire », a déclaré à CBS News l’Internet Freedom Foundation, un groupe de défense basé à New Delhi.

« Aucune responsabilité » pour protéger les données

La semaine dernière, un « hacker éthique » qui s’identifie comme Elliot Alderson, un pseudonyme inspiré d’un personnage de la série télévisée M. Robot, a déclaré que « la vie privée de 90 millions d’Indiens est en jeu en raison de problèmes de sécurité » liée à l’application indienne.

Il a affirmé qu’il pouvait utiliser l’application pour voir si quelqu’un était malade dans des maisons privées, y compris la résidence officielle du Premier ministre Modi : « Et oui, hier : 5 personnes se sont senties mal au bureau du Premier Ministre, 2 au quartier général de l’armée indienne, 1 au parlement indien, 3 au ministère de l’intérieur », a-t-il écrit sur Twitter.

Peu après les déclarations du hacker, le gouvernement indien a publié une déclaration le remerciant, mais insistant sur le fait qu’il n’y avait aucune violation des données ou de la sécurité et qu’aucune information personnelle d’un utilisateur n’a été prouvée comme étant en danger par ce hacker éthique.

Le ministre indien des communications, de l’électronique et des technologies de l’information, Ravi Shankar Prasad, a déclaré qu’Aarogya Setu dispose d’une solide architecture de sécurité des données, et qu’il est nécessaire de faire preuve d’une certaine intelligence émotionnelle à son égard.

« Un système de surveillance sophistiqué ? »

Certains craignent que l’application indienne soit utilisée de telle sorte qu’elle violerait les libertés civiles, notamment en aidant à construire un système de surveillance d’État qui pourrait être exploité bien après la fin de la pandémie actuelle.

Le leader de l’opposition indienne Rahul Gandhi a qualifié l’application de système de surveillance sophistiqué, sous-traité à un opérateur privé, sans aucune surveillance institutionnelle.

« En Europe, les données ont été largement agrégées et anonymisées », a noté la revue technologique du MIT.

La crainte que l’application puisse être utilisée comme un outil de surveillance s’inscrit dans le contexte d’une baisse de la confiance accordée au gouvernement par de nombreux citoyens. Des centaines de personnes ont participé à des manifestations, certains en sont morts, contre le projet du gouvernement de mettre en place un registre national des citoyens (NRC), ainsi qu’une nouvelle loi sur la citoyenneté largement critiquée comme raciste parce qu’elle mettait l’accent sur les musulmans.

Source utilisée : CBSNews.com

Retour en haut